Corriger une fausse information est nécessaire. Mais que se passe-t-il lorsque cette correction n’atteint pas les espaces où la rumeur circule ? La première Note du Lab, publiée par Kinshasa News Lab à partir des échanges de Dans le Lab #01, invite à déplacer le regard : du contenu faux vers l’écosystème qui le produit, le fait circuler et lui donne de la portée.
Le 24 septembre, Kinshasa News Lab lançait Dans le Lab, un espace de conversation consacré aux transformations du journalisme et de l’information en République démocratique du Congo.
La conversation avait pourtant commencé avant la rencontre. Au moment de leur inscription, les participants avaient déjà formulé 42 questions et préoccupations. Intelligence artificielle, fact-checking, éducation aux médias, sources fiables, langues locales, information en période de crise, circulation des rumeurs, collaboration entre acteurs : les interrogations dessinaient déjà plusieurs terrains à explorer.
Après 1 h 23 d’échanges, une idée s’est progressivement imposée : répondre aux transformations de l’information demande davantage que de corriger des contenus faux.
C’est de cette conversation qu’est née la première Note du Lab, intitulée « Vérifier ne suffit plus ».
Du faux contenu à l’écosystème
Le premier déplacement proposé par la Note consiste à ne plus regarder la désinformation uniquement à travers la question du vrai et du faux.
Pour comprendre pourquoi une information trompeuse produit des effets, il faut aussi examiner les conditions de sa production, sa circulation, son amplification, les espaces de confiance qu’elle traverse et les usages qu’en font les publics.
Cela change aussi la manière de penser le fact-checking.
La vérification demeure indispensable. Mais produire une correction ne garantit pas que celle-ci atteigne les personnes exposées à la rumeur. Une information vérifiée qui reste confinée à un site internet, une plateforme ou un public déjà sensibilisé peut avoir peu d’effet dans les espaces où circule effectivement l’information contestée.
D’où une question formulée pendant le Lab :
« Comment faire pour que le fact-checking atteigne ces espaces de confiance et puisse réellement changer la manière dont les communautés s’informent, plutôt que d’intervenir seulement après que la rumeur soit devenue virale ? »
La question d’Innocent Mukengere à Goma, déplace le problème vers la distribution, la confiance, les formats, les langues et la proximité.
Les langues et les relais comptent autant que la correction
Les échanges ont également mis en évidence la question des langues.
Une information vérifiée ne devient pas automatiquement accessible parce qu’elle est exacte. Encore faut-il qu’elle soit proposée dans une langue, un format et un canal correspondant aux pratiques réelles des communautés.
La Note retient ainsi parmi ses sept enseignements que les langues locales font partie de la solution et que la distribution doit être considérée comme une composante du travail de vérification.
Radios communautaires, relais locaux, formats visuels, vidéos courtes, podcasts : plusieurs pistes ont été évoquées pendant la conversation. Elles ne constituent pas encore des solutions validées. Elles ouvrent plutôt des possibilités à tester.
L’intelligence artificielle change aussi le problème
L’IA faisait partie des préoccupations formulées avant la rencontre.
Les échanges ont souligné qu’elle transforme les capacités de production et de circulation des contenus, mais également les compétences nécessaires pour les comprendre et les vérifier.
La Note en tire un autre enseignement : face à ces transformations, l’éducation aux médias prend une importance accrue.
Mais là encore, le Lab ne cherche pas à fermer la discussion par une conclusion définitive. Il cherche plutôt à identifier les questions qui nécessitent davantage de recherche.
Transformer les questions en programme de travail
Les échanges font émerger plusieurs questions : où les communautés rencontrent-elles l’information vérifiée ? Quels formats rendent une vérification compréhensible et partageable ? Quel rôle les langues jouent-elles dans la confiance ? Quels messagers sont reconnus dans les espaces de confiance ? Comment observer ce qui change après la réception d’une information vérifiée ?
Ces questions ne sont pas présentées comme des résultats.
Elles constituent un programme à explorer.
Trois chantiers se dessinent ainsi pour la suite : connecter les acteurs pour permettre la poursuite des échanges et des collaborations ; cartographier les compétences, initiatives et capacités déjà existantes ; et expérimenter des réponses à partir de problèmes informationnels concrets.
La logique pourrait se résumer ainsi :
CONVERSATION → CONNAISSANCE → COMMUNAUTÉ → EXPÉRIMENTATION
Faire de chaque conversation une connaissance partageable
Avec La Note du Lab, Kinshasa News Lab veut éviter qu’une rencontre disparaisse une fois la visioconférence terminée.
Dans le Lab doit permettre de converser. La Note du Lab doit permettre de documenter ce que cette conversation nous apprend, ce qu’elle ne permet pas encore de savoir et les questions qu’elle ouvre.
Cette première édition propose ainsi une feuille de route issue des échanges : écouter les signaux et les rumeurs dans les communautés, vérifier les faits et les sources, traduire dans les langues et formats réellement utilisés, relayer par les médias et relais communautaires et coopérer entre journalistes, fact-checkers, chercheurs, technologues, médias communautaires et société civile.
C’est aussi la logique que Kinshasa News Lab veut installer avec cette nouvelle publication : observer les transformations de l’information, documenter ce qu’elles changent et partager ce que nous apprenons.
Lire La Note du Lab #01