Les formations KNL : apprendre en faisant, produire pour apprendre

Soumis par Patient le
Formation Uwazi

Former des journalistes ne consiste pas seulement à transmettre des connaissances pendant quelques heures. Kinshasa News Lab développe progressivement une approche qui associe expertise thématique, méthodes journalistiques, exercices pratiques, terrain, production et accompagnement. Une logique pensée pour rapprocher davantage la formation des conditions réelles d’exercice du métier.

Comment passer d’une anomalie observée sur le terrain à une véritable question d’enquête ? Comment lire un document budgétaire sans lui faire dire ce qu’il ne dit pas ? Comment traiter journalistiquement une question aussi spécialisée que les hydrocarbures ? Et comment organiser une formation lorsque certains participants travaillent depuis des provinces où la connexion internet ou l’électricité sont irrégulières ?

Ces questions illustrent une même préoccupation : une formation journalistique n’est réellement utile que si les connaissances peuvent être mobilisées dans la pratique.

C’est autour de cette idée que Kinshasa News Lab structure progressivement son approche de la formation.

Partir d’un problème, pas d’un catalogue de cours

Les formations KNL sont conçues à partir d’un problème ou d’un besoin professionnel identifié.

Dans le cadre du projet Uwazi, par exemple, l’enjeu porte sur le journalisme d’investigation appliqué aux finances et aux politiques publiques. Le parcours travaille notamment sur le cycle budgétaire, les marchés, les dépenses publiques, la reddition des comptes, les rapports de contrôle, la collecte, le recoupement, le droit de réponse et la décision éditoriale.

Dans un autre dispositif consacré aux hydrocarbures et aux combustibles fossiles, les participants doivent simultanément comprendre les enjeux environnementaux et sociaux du secteur et développer des compétences en journalisme environnemental, podcast, vidéo et reportage photographique. T

Cette combinaison constitue une première singularité : croiser les méthodes journalistiques avec une expertise thématique.

Il ne s’agit donc pas uniquement d’apprendre « comment faire du journalisme », mais d’acquérir les connaissances nécessaires pour enquêter ou produire sur un domaine précis.

Apprendre sur des situations concrètes

La deuxième caractéristique est la place accordée à la pratique.

Dans le parcours d’investigation développé pour les journalistes en province, chaque participant travaille progressivement sur son propre dossier. Il doit notamment apprendre à décrire une anomalie sans la transformer prématurément en accusation, déterminer l’intérêt public du sujet, formuler une question d’enquête et construire des hypothèses susceptibles d’être confirmées ou réfutées.

Les exercices prolongent cette logique : analyser une pièce, identifier ce qu’elle permet réellement d’établir, rechercher les documents manquants, construire un plan de preuve ou préparer les questions à adresser aux personnes concernées.

Dans les formations environnementales, la pédagogie prévoit également des travaux de groupe, des exercices de production, des observations de terrain, des interviews et des prises de vues, suivis d’un débriefing destiné à transformer la matière recueillie en contenus journalistiques.

La formation devient ainsi un espace où l’on fait, où l’on teste et où l’on corrige.

Produire plutôt que seulement assister

Une troisième singularité découle directement de cette approche : lorsque le programme s’y prête, le participant n’est pas seulement appelé à assister à des sessions.

Il doit progressivement être capable de produire.

Dans le parcours consacré aux hydrocarbures, les productions prévues comprennent des podcasts, des vidéos et un photo-reportage.

Dans le parcours d’investigation à distance, le résultat recherché est différent : à la fin du cycle initial, chaque participant doit disposer d’une question d’enquête délimitée, d’une hypothèse principale et d’explications concurrentes, d’un plan de collecte et d’une première liste de preuves à rechercher.

La production n’est toutefois pas une fin artificielle. Une enquête ne doit pas être publiée simplement pour démontrer qu’une formation a produit un résultat.

Le dispositif précise au contraire qu’une enquête peut prendre davantage de temps, changer de question, être réduite ou même abandonnée lorsque les preuves ne permettent pas de soutenir l’hypothèse ou lorsque les risques ne peuvent pas être maîtrisés.

Vérifier avant de conclure

Cette exigence méthodologique constitue une autre dimension du modèle.

Le quiz développé pour le parcours en journalisme d’investigation ne vérifie pas seulement la mémorisation de notions. Il évalue notamment la capacité à comprendre qu’une anomalie constitue un point de départ plutôt qu’une preuve, à construire une hypothèse réfutable, à reconstituer les étapes d’une dépense publique, à croiser plusieurs types de sources et à traiter équitablement le droit de réponse.

Le principe pourrait être résumé simplement :

une intuition peut ouvrir une enquête ; elle ne peut pas en constituer la conclusion.

L’évaluation porte donc sur la qualité de la démarche et les progrès documentés, et non sur la capacité du participant à trouver à tout prix un responsable ou à garantir une publication.

Former aussi lorsque la connexion est mauvaise

Une formation en RDC doit également tenir compte des conditions dans lesquelles les participants travaillent.

Le parcours destiné aux journalistes en province a ainsi été conçu pour ne pas dépendre d’une connexion vidéo permanente. Les participants peuvent rejoindre certaines séances par audio ou téléphone, recevoir des supports légers à l’avance et réaliser des exercices hors connexion.

Le dispositif prévoit aussi des adaptations en cas de coupures d’électricité, d’accès inégal aux équipements ou de diversité des langues de travail. Il recommande également de ne pas faire circuler les documents sensibles ou l’identité des sources confidentielles dans des groupes ouverts.

L’accessibilité devient ainsi une composante de la pédagogie plutôt qu’un problème laissé au participant.

La formation ne s’arrête pas à la dernière séance

Enfin, KNL cherche à prolonger l’apprentissage dans le temps.

Le modèle d’investigation à distance prévoit quatre webinaires de deux heures, suivis d’un accompagnement mensuel pouvant aller jusqu’à six mois.

Ce suivi accompagne progressivement la stabilisation de la question et des hypothèses, la construction d’une chronologie, la collecte des documents et entretiens, les vérifications de terrain, le droit de réponse puis la décision éditoriale.

Cette approche distingue plusieurs rôles : le formateur transmet et fait travailler la méthode ; le coach éditorial suit les dossiers et teste les hypothèses ; les participants conduisent leurs recherches ; les pairs contribuent à la relecture ; la coordination veille aux conditions pratiques du parcours.

Une formation comme parcours

À partir de ces expériences, la philosophie de formation de Kinshasa News Lab peut être résumée en six étapes :

PROBLÈME → MÉTHODE → PRATIQUE → TERRAIN → PRODUCTION → ACCOMPAGNEMENT

Cela implique également de regarder autrement les résultats.

Le nombre de personnes présentes et les certificats délivrés restent des informations utiles, mais ils ne suffisent pas à mesurer ce qu’une formation a produit.

Les questions importantes deviennent plutôt : qu’est-ce que le participant sait mieux faire ? Peut-il appliquer la méthode ? Qu’a-t-il produit ou commencé à construire ? Comment sa pratique évolue-t-elle ? De quel accompagnement a-t-il encore besoin ?

Qui sommes-nous? 

Fondé en 2018, Kinshasa News Lab est une association engagée dans la promotion d'un journalisme de qualité, adapté à l'ère numérique et en harmonie avec un monde en constante évolution.

Nos  événements
Nos formations

Kinshasa News Lab développe des formations pratiques, en présentiel et en ligne, adaptées aux réalités des journalistes et futurs journalistes.

Nos parcours combinent expertise thématique, méthodes journalistiques, exercices, terrain, production et accompagnement. L’objectif : permettre aux participants d’acquérir des compétences et de les appliquer à des situations et productions concrètes.

COMPRENDRE → PRATIQUER → PRODUIRE → ÊTRE ACCOMPAGNÉ

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Notre coordination
Japhet Toko

Enseignant, Japhet Toko est journaliste et secrétaire de rédaction… suite